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Mise en garde de l'armée arménienne après huit décès à Erevan

Par Margarita Antidze et Hasmik Mkrtchyan Reuters - Dimanche 2 mars, 22h12

EREVAN (Reuters) - L'armée arménienne a fait savoir qu'elle réprimerait par la force de nouvelles manifestations de l'opposition, au lendemain d'émeutes qui ont fait huit morts dans cette ancienne république soviétique.

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Le président Robert Kotcharian a signé un décret proclamant l'état d'urgence jusqu'au 20 mars "afin d'empêcher que l'ordre constitutionnel ne soit menacé".

Des manifestants munis de bâtons et de cocktails molotov ont protesté dimanche contre le scrutin présidentiel du 19 février, selon eux entaché de fraudes.

"Toute tentative d'organiser des actions de masse sera immédiatement contrée par de très fortes contre-mesures des forces armées d'Arménie", a déclaré le général Seyran Ohanyan, chef d'état-major de l'armée, dans un communiqué.

"Je vous demande, en particulier, de vous abstenir de toute tentative de rassemblement, même en petits groupes, dans la ville d'Erevan."

Le chef de l'opposition, l'ancien président Levon Ter-Petrossian, a imputé ces violences à la brutalité de la police.

"Nous ne renoncerons pas, nous nous battrons jusqu'au bout", a-t-il déclaré aux journalistes lors d'une conférence de presse organisée dans sa résidence, datant de l'époque soviétique. Il a exhorté toutefois ses partisans à attendre la levée de l'état d'urgence pour manifester à nouveau dans la capitale.

Les partisans de Ter-Petrossian affirment que Kotcharian dirige un État corrompu où ne prospèrent que ceux qui sont proches de l'élite dirigeante. Le gouvernement rejette ces allégations.

WASHINGTON APPELLE À LA RETENUE

Les partisans de Ter-Petrossian accusent Kotcharian d'avoir truqué l'élection présidentielle en faveur de son allié, le Premier ministre Serj Sarksian. Ter-Petrossian, qui a officiellement remporté 21,5% des suffrages contre 53% pour Sarksian, a dit qu'il avait été placé en résidence surveillée.

À Washington, le département d'État a invité les deux camps à éviter toute nouvelle violence, à agir dans le strict respect de la loi, à faire montre de retenue et à reprendre le dialogue politique, indique le site internet officiel de la diplomatie américaine (www.state.gov).

Des soldats se sont répandus dans les rues d'Erevan et en ont bouclé les principales places. Des voitures carbonisées étaient visibles dans les rues et des commerçants victimes de pillages déblayaient les bris de verre.

"C'est un cauchemar. Regardez ce qu'ils ont fait à notre ville", a déclaré une étudiante de 25 ans, Emma Karapetian. "Je déteste autant les leaders de l'opposition que nos autorités."

Des véhicules blindés transport de troupes ont pris position en divers points de la ville tandis que des camions transportant des bobines de fil barbelé sillonnaient les rues.

Ces violences sont les pires en Arménie depuis 1998, année où un soulèvement populaire avait contraint Ter-Petrossian à démissionner. On ignore combien de policiers et de manifestants figurent parmi les personnes tuées dimanche.

Kotcharian a accusé les manifestants d'avoir utilisé des armes à feu et des grenades et d'avoir planifié un coup d'État. L'opposition a rejeté ces accusations en affirmant n'employer que des moyens pacifiques.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a dépêché dimanche un émissaire à Erevan pour rencontrer les autorités.

Ces troubles risquent de déstabiliser l'Arménie, pays de 3,2 millions d'habitants, pauvre et enclavé dans les monts du Caucase mais placé sur une voie de transit importante pour les livraisons de gaz et de pétrole en provenance de la mer Caspienne. C'est le plus proche allié de Moscou dans la région.

Avec James Kilner à Erevan et Amie Ferris-Rotman à Moscou, dernière version française Natacha Crnjanski

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